Aucun des membres du groupe ne sortit. Ils dépensèrent leur temps entre le baby-foot et leur playstation, bien entendu, agrémenté de quelques bières. Bill recouvra le sourire comme par miracle et dévoila un peu plus de pugnacité, lui qui avait eu l'air si taciturne toute la journée ! Même avec Sam, au grand soulagement de cette dernière, il se montra plus avenant et agréable. Cependant ni l'un ni l'autre ne surmontait son appréhension de crever l'abcès et de se parler à bâton rompu. Tous deux demeuraient ébranlés par les sentiments si violents qui les habitaient et les enchaînaient l'un à l'autre.
Sam culpabilisait parce qu'elle discernait de Bill un adolescent à peine sortie de l'enfance avec ses caprices et ses exigences égoïstes et malgré tout le désir ardent et toxique qu'elle éprouvait pour lui la saccageait. Elle avait beau faire, la cause était perdue et pourquoi lutter en définitif ?
Il pouvait s'avérer si mature dans sa conduite qu'elle oscillait constamment entre le feu et la glace, l'amour et la haine. En même temps, la haine n'était-elle pas étroitement enchaîné à l'amour ? N'en était-ce pas le prolongement, une suite logique ? Sam essayait de se raisonner et de comprendre mais elle ne parvenait pas à faire taire en elle cette petite voix qui la rendait folle.
De son côté, la bataille intérieure que menait Bill était inédite et affolante. Il possédait un pouvoir sur tout ce qui l'entourait, tout ce qu'il faisait ... En complète contradiction avec l'image d'ado qu'on s'évertuait et qu'on perpétuait à lui coller sur le dos, il avait un contrôle absolu sur sa carrière débutante qu'il menait tant bien que mal d'une main de maître. Ses démêlés avec David, Patrick ou les autres étaient très souvent titanesques. Bill savait ce qu'il voulait ; mais surtout ce qu'il ne voulait pas et il excellait dans l'art d'accéder à ses moindres ambitions. Hélas pour lui et notamment pour les autres, cela dépassait souvent le cadre du travail et il pouvait se montrer très individualiste dans ses rapports avec le reste du groupe. Pourtant c'était un garçon empreint de craintes et de doutes. Il pouvait bien jouer les coriaces ou les blasés, ses proches savaient pertinemment qu'il n'en était rien et que ce n'était qu'une vitrine ; que Bill était un hyper-émotif caractérisé ayant un besoin accru d'être entouré. Cela faisait d'ailleurs peu de temps qu'il ne partageait plus la chambre de son frère simplement parce que Tom lui-même avait mis fin à cette habitude infantile. Tom "chassant" pour ainsi dire à chaque concert il n'était plus question d'emmener ses "trophées" dans ses "garçonnières éphémères" et de virer son jumeau à chaque fois. Bill le vivait très mal même encore aujourd'hui. Le moment où il devait se retrouver seul dans sa chambre, quelque soit l'endroit où il se trouvait, était un réel supplice. Sortir des salles de concerts bondées des milliers de groupies hystériques hurlantes était jubilatoire et vital pour Bill mais se retrouver dans une immense chambre vide l'oppressait et le sentiment d'abandon qui en découlait était une torture. Ses angoisses nocturnes l'étouffaient et il n'était pas rare qu'il fonde en larmes, la peur au ventre, avant de pouvoir trouver le sommeil. Seul Tom partageait son secret, et il n'était pas rare que le chanteur patiente jusqu'à ce que la "conquête" de la soirée de son frère déguerpisse (Tom partageait sa chambre, certes, mais rarement son lit et encore moins ses nuits, notamment avec les filles d'un soir). C'est pour cette raison qu'il exigeait toujours d'obtenir une chambre à côté de celle de son frère, voire, communiquante. Bill ne se sentait apaisé que dans le tour bus, même si la proximité avec tout les autres pouvait devenir exaspérante, ou encore chez lui à Magdebourg et au studio.
Ses démons ne lui fichaient une paix royale que lorsqu'il n'était pas seul, comme si le fait de se retrouver face à lui-même le terrifiait.
Hors son pouvoir ne lui servait à rien face à Sam parce qu'elle le rendait dingue sans le savoir. Près d'elle il se percevait comme un petit garçon gauche et timide. La manière dont elle évoluait dans l'espace, son parfum si grisant, la douceur de ses gestes, de son timbre de voix. La manière qu'elle avait de plisser son petit nez aquilin, faisant apparaître le bout de sa langue en même temps qu'un haussement d'épaules lorsque qu'elle jugeait avoir dit une bêtise. Une mèche qui s'échappait de ses cheveux liés, qui lui tombait constamment sur les yeux puis qu'elle arrangeait inlassablement derrière son oreille. Le tapotement de ses ongles lorsque l'impatience la gagnait mais qu'elle préservait un sourire hypocrite et poli pour ne pas donner l'impression d'être une fille acerbe ce qu'elle n'était aucunement. Sa manière de jouer du piano si aérienne et déliée contrastant avec celle d'expérimenter la guitare qui lui crispait les doigts. Cela faisait rire Tom et Georg aux éclats.
Bref, Sam le subjuguait, pourtant elle ne faisait rien pour. Il l'aimait tout simplement, comme il n'avait jamais aimé auparavant. Rien ne l'avait préparé à ça. Il n'avait que 18 ans et que sait-on de l'amour à 18 ans ? Elle, en avait presque 31, et l'amour, elle savait forcement ce que cela signifiait. La jeune femme disposait d'une expérience certainement étendue sur le sujet, plus de 10 ans d'initiation ne laissait courir aucun doute la-dessus et Bill était rongé par cette idée. Il en était convaincu, le prétexte du pari n'avait été qu'un subterfuge pour se soustraire aux étreintes de Sam, qu'elle discerne quel piètre amant malhabile il était de par son manque de pratique. Il se trompait.
Ce que Bill ignorait c'est que Sam elle-même partait de la même ligne de départ que lui. Jamais elle n'avait éprouvé de troubles aussi forts, douloureux et délectables pour personne avant lui. Elle n'avait eu que deux hommes dans sa vie. Le premier l'avait "débarrassé" de sa virginité à 22 ans et le second, Steve était un lourdaud macho et indifférent qu'elle pensait avoir aimé par épisodes pendant presque 6 ans et qui ne lui avait jamais offert un seul orgasme. Tout ce que la jeune femme connaissait du plaisir charnel résultait de ce qu'elle s'en prodiguait ainsi que les livres qu'elle pouvait lire. Elle maîtrisait la théorie et renfermait dans ses entrailles une folle envie de passer à la pratique avec le jeune chanteur depuis quelque temps car il suscitait chez elle une foule de sensations nouvelles et prohibées qui lui donnaient des ailes. C'était chimique, elle ne se l'expliquait pas. Mais dès que Bill pénétrait dans son espace vital, que son aura irradiait, cela lui laissait une impression d'explosion atomique : une déflagration provocante ravageant tout sur son passage laissant en elle des ruines incandescences. Mais paradoxalement, les ruines abandonnées la faisait renaître tel un ph½nix. Elle se sentait plus vivante que jamais. Son c½ur s'emballait et explosait dans sa poitrine, son sang lui martelait les tempes, une colonie de papillons virevoltait dans son ventre, son estomac se renversait, son corps tout entier se mettait à vibrer. Oui Bill la ressuscitait à chaque fois qu'il la tuait ...
Sam s'était réfugiée dans la salle de piano pour s'exercer un peu. S'exercer était un bien grand mot sachant qu'elle y venait pour s'amuser parce qu'elle adorait ça et que personne ici ne s'en servait à part elle.
Les garçons se disputaient une partie de baby féroce à ce qu'elle pouvait en discerner. Elle s'était attaqué au répertoire de Travis et de son magnifique "Closer" qui lui donnait du fil à retordre. Sam ne jouait qu'à l'oreille comme elle l'avait toujours fait à la grande désolation de son père. Elle connaissait la musique et suivait des partitions sans trop de problème. Mais le solfège avait été une punition durant toute son adolescence alors jouer à l'oreille était pour elle un plaisir même s'il se vérifiait que c'était beaucoup plus laborieux.
Soudainement, la porte s'ouvrit sur Bill comme s'il venait de s'évader des pensées de Sam et se matérialiser devant ses yeux. La jeune femme arrêta tout net de jouer, suspendant son geste dans les airs comme si le temps venait de se figer, pressentant la fin du monde approcher à grands pas.
II était majestueux. Son bonnet noir à visière vissé sur la tête, les mèches de ses cheveux retombant de chaque côté de son visage sur ses épaules. Il portait son tee-shirt noir arboré d'une tête de mort rouge sang et un jean Diesel qui pour une fois ne laisser pas deviner ses sous-vêtements. Il était en baskets.
Il s'approcha lentement du piano effleurant le laqué noir du rebord de ses doigts élancés et vernis de couleur identique. Son front était froncé mimant un petit air soucieux, son sourcil relevé et un timide sourire était suspendu à ses lèvres si charnues et brillantes. Son regard était à peine noirci où scintillaient d'innombrables étoiles dorées. Sam était pétrifiée, cet air enjôleur pouvait présager le meilleur comme le pire.
Bill vint s'asseoir aux côtés de Sam comme il le faisait de temps en temps quand elle jouait. Ils s'essayaient aux quatre mains et cela se couronnait soit en chamailleries, soit en partie de franche rigolade surtout si les trois autres acolytes s'en mêlaient également ...
Le silence à couper au couteau semblait insupportable à Sam qui n'en menait pas large, tiraillée entre l'envie de disparaître et celle de le plaquer au mur et de lui faire les pires outrages qui se révélaient à son cerveau en ébullition.
... Elle s'imaginait divinement bien passer ses mains sous son tee-shirt sombre. Faire glisser ses ongles sur la peau fine de son brun adoré, remontant des plis de l'aine vers son torse, passant sur son abdomen tendu ..., ses flancs... puis finir accrochée à son échine. Bill basculerait sa tête en arrière, les yeux mi-clos, le souffle saccadé gémissant de plaisir et de douleur. Ensuite Sam débouclerait habilement son ceinturon puis ferait sauter un à un les boutons de son jean en prenant soin de bien effleurer son sexe durcit. Elle s'agenouillerait aux pieds de ce dieu vivant. L'agripperait à la taille faisant glisser son boxer le long de ses reins et plongeant ses yeux au plus profond de son âme. Sous une impulsion brutale, Bill se cambrerait exhibant à la jeune femme sa virilité dévoilée et érigée désormais toute disposée à recevoir le baiser mortel ... Sam câlinerait de sa joue son membre à l'extrémité si douce et juteuse. Le chanteur s'agripperait à sa crinière comme à une bouée de sauvetage sentant le sol se dérober sous ses pieds. Il halèterait tel un animal sauvage mordant sa lèvre inférieure presque jusqu'au sang pour étouffer ses râles ...
- Sam ?!
La jeune femme sursauta sentant ses joues s'empourprer illico. Bill venait de poser sa main sur son avant bras. Elle se mis a frissonner comme si une fenêtre venait de s'ouvrir et qu'un vent glacial s'engouffrait dans la pièce.
- Bi.... Bill !
Elle se trouvait pitoyable. Dès qu'il rodait alentour elle perdait tout ces moyens, c'était affligent.
- Sam ... je voudrais t'expliquer pour ... hier soir... pourquoi je ... je me suis ...enfin ... que je suis parti ...
Sam demeurait interdite et muette. Bill la fixait droit dans les yeux rendant toute mobilité impossible.
Mais il fallait qu'elle se fasse violence, il fallait qu'elle lui parle aussi. Cette situation ne pouvait pas durer c'était trop bête.
- Sam ! Est-ce que ... Ca va ?
- Heu ... oui ... heu ... Je suis juste surprise de te voir là, je pensais que tu m'en voulais toujours pour ... pour ... ce matin ... lâcha la jeune femme confuse.
Bill se pinça les lèvres.
- Oui ... il est vrai que de te voir embrasser mon frère de la sorte ... Mais je t'en veux pas ... Je crois qu'à jouer avec le feu cela a fini par se retourner contre nous ... J'veux dire ... contre moi.
Sam pivota face à Bill et l'implora du regard.
- Bill ... je te demande pardon ... J'me suis conduite comme une gamine idiote et je n'avais ...
- Sam ! Tenta de la couper Bill.
- NON Bill, laisse-moi finir sinon je n'y arriverai jamais ! Je n'avais pas l'intention de ... Mais ton attitude de ce matin ... Je n'ai pas d'excuse ... Je voulais que tu ressentes ce que j'ai ressenti ... C'est nul ... Je sais ...C'est tellement pas moi Bill ! Je ne me comprends plus ... Je fais tout de travers ... Je n'ai plus de contrôle sur rien ... Tu me rends chèvre, tu sais ! Et de t'avouer ça ... je sens que cela va encore flatter ton ego surdimensionné !
Bill lui décrocha un immense sourire un peu gêné.
- C'est pareil pour moi Sam ...c'est pour ça hier soir... J'avais tellement peur de ne pas être à la hauteur !
- A la hauteur ? Mais quelle hauteur Bill ? Parce que ...Parce que tu crois ... Tu crois que je n'ai pas peur moi ?
- Je ne sais pas, admit le jeune homme baissant son regard sur ces genoux.
- Bill, je suis morte de trouille ... Parce que ... J'ai jamais ressenti ça pour personne avant ...Et ça me fait très peur !
Bill leva yeux vers elle, son regard de nouveau illuminé d'étoiles scintillantes.
- Bill, je pars en vacances demain soir et ce pendant trois semaines ...Laissons-nous le temps de la réflexion d'accord ?
Le regard du jeune homme s'assombrit de nouveau. Sam sentant sa détresse lui prit la main et de l'autre lui caressa la joue.
- Il faut avouer que depuis des mois je suis quasiment la seule fille dans votre entourage ... Je vis avec vous Bill ! Peut-être que cela altère notre jugement à tous les deux ? Alors je pense qu'une courte séparation ne pourra être que bénéfique pour toi et moi ...pour voir ...
- Voir quoi ? Demanda Bill le regard sombre et redoutant la réponse de Sam.
- Bill ... Ne me regarde pas comme si j'étais ton ennemi ... Tu sais bien que je ne lui suis pas ...
- Alors quoi ? Je suis trop jeune pour toi c'est ça ?
- Arrête, je t'en pris ... Tu vas finir par dire des choses que tu vas regretter ! Le supplia Sam serrant sa main plus fort encore.
Bill se rappela la conversation qu'il avait surprise entre elle et Gustav. (« Je ne suis pas amoureuse de Bill ... ») Etait-ce cela ? N'était-elle finalement pas amoureuse de lui ?
- Tu ne m'aimes pas, n'est-ce pas ? S'effraya le jeune homme.
Sam sentit une boule lui serrer la gorge et qui tentait de l'asphyxier une fois encore. Le visage de Bill était si empreint de détresse que cela la bouleversait. Elle l'avait toujours connu tantôt enjoué, tantôt exalté, irrité et même pensif parfois mais jamais malheureux et elle se sentait misérable car elle était la cause de cet état chez lui.
- Si tel était le cas nous ne serions pas là à en débattre, et je ne t'aurais pas avouer tout ce que tu sais de moi à présent.
Bill esquissa un sourire soulagé sur son visage d'ange qui s'éclaira de nouveau.
- Sam ... C'est toujours comme ça ? Interrogea Bill.
- Comme ça quoi ?
- Aimer ... C'est toujours aussi compliqué et douloureux ?
Sam baissa la tête. Une mèche s'échappa de ses cheveux noués et tomba sur sa joue rosie.
- Je ne sais pas Bill ...Je crois que c'est ... C'est la première fois ...
- La première fois ? Répéta le jeune homme.
- Je ne me souviens pas avoir éprouvé ça pour personne avant toi ...
- Moi non plus ... Murmura-t-il dans le creux de l'oreille de Sam, entremêlant ses longs doigts fins à ceux glacés de la jeune femme.
Bill se leva nonchalamment jouant sur son déhanché si aguichant. Il affichait un regard et un sourire triomphants qui éc½urèrent Sam. Une fois encore elle s'était dévoilée trop faible ... Elle partait chargée de bonnes résolutions et à l'arrivée, un sourire de lui, et toutes ses résolutions n'étaient bonnes qu'à balancer au feu, le feu de son enfer ...
Ce soir là elle ne le recroisa pas. Quand elle décida que pour elle il était l'heure d'aller dormir, elle ne croisa que Tom et Georg qui regardaient la télé. Georg, vautré dans un des canapés se délectant d'une bière, Tom, assis sur le tapis du salon, la tête renversée sur l'accoudoir du sofa perpendiculaire au bassiste, son portable à l'oreille. Sam conçut qu'il était en discussion avec son ami Andréas. Elle leur fit un petit signe de la main quand elle passa devant eux, les gratifiant d'un discret "bonne nuit" ! Georg bascula son visage vers elle leva sa bière en lui faisant un clin d'½il. Tom, son immuable sourire suspendu à la commissure de ses lèvres, plongea ses yeux noisettes dans ceux de Sam d'une manière si saturée de "sexitude" que la jeune femme, qui d'ordinaire trouvait cela flatteur, fut cette fois très embarrassée et ne l'affronta pas d'avantage.
Elle se tourna et se retourna dans son lit pour inviter le marchand de sable à passer. Mais rien à faire, cette nuit il ne viendrait pas, cette nuit, le marchand de sable l'avait oublié ... Incapable de fermer l'½il elle s'extirpa de son lit et entreprit de continuer à préparer son sac pour son départ. Au moins ainsi elle ne ruminerait pas sans cesse ce qui était certainement la cause de son insomnie. Sam alluma sa radio pour bénéficier d'un petit fond musical. Sur les ondes raisonnait la voix du leader des Plain White T's sur son "Hey there Delilah" que Sam fredonna à la lueur de la lune qui inondait sa chambre.
Et puis son estomac gronda.
- Oh non pas déjà ! s'entendit-elle dire tout haut.
Elle regarda son réveil qui indiquait 2h40. Elle était affamée. Elle réfléchit un instant et décida de se rendre à la cuisine pour grignoter quelque chose. Persuadée que les garçons dormaient à poings fermés, elle descendit pieds-nus dans sa tenue de nuit sans prendre le temps de passer autre chose. Pour toute lumière elle ouvrit la porte du frigo qu'elle laissa béante pour servir de seul éclairage à la pièce. Elle se servit un grand verre de lait et chaparda une pomme au passage. Elle s'installa en tailleur sur la grande table en formica et tranquillement goba sa pomme savourant son lait. Elle resta assise ainsi un bon moment, sa silhouette uniquement illuminée par la lampe du grand réfrigérateur. Après un petit moment, sentant le sommeil pointer le bout de son nez, pas question cette fois de louper le train, elle remonta rapidement dans sa chambre tel un chat et referma sa porte sans bruit, le c½ur battant d'avoir couru jusque là.
La radio chantait toujours, presque inaudible, à présent c'était la voix nasillarde de Ayo que Sam n'aimait pas particulièrement et en l'entendant elle grimaça.
Au moment où elle allait regagner son lit, une main vint se plaquer sur sa bouche et un bras la ceintura fortement. Elle poussa un hurlement étouffé qui vint se briser contre la paume de son agresseur et qui n'eut aucun effet sonore. Le corps comprimé au sien vint la plaquer délicatement contre le mur.
- ne crie pas Sam ... Je t'en prie !
C'était la voix de Bill qui lui parvint aux oreilles. Une minute, elle avait vraiment cru être assaillie par un rôdeur, sa fenêtre restant constamment entrebâillée même la nuit.
Elle ne bougea pas, le sang frappant ses tempes à grands coups et le souffle court, la peur mêlée à l'excitation.
- HummBillhummm !
Le garçon ôta sa main et fit pivoter Sam face à lui. Son visage n'était éclairé que par la lune qui lui octroyait un reflet olivâtre. Sam rit nerveusement, sa main posée sur le c½ur.
- Tu es fou ... Tu veux me faire mourir ou quoi ?! Lâcha t-elle tout bas.
- Pardon Sam ... Je t'ai entendu te lever ... Moi non plus je n'arrivais pas à dormir !
La jeune femme était scotchée au corps de Bill, et bien que libre de ses mouvements, elle demeura ainsi pressée contre sa chaleur.
- Je me fous de ce qu'on peut dire ou penser Sam ... Je veux être prêt de toi c'est tout !
- Bill ...! Essaya de le raisonner la jeune femme.
Bill l'implorait presque.
- Tu te souviens de ce que tu m'as dit hier ... Que tu préférerais vivre prêt de moi sans qu'il ne se passe rien plutôt que de vivre loin de moi ?
Sam acquiesça scrutant le visage grave de Bill dont les cheveux flirtaient avec ses épaules nues de porcelaine.
- Et bien moi Sam, je ne peux pas te regarder évoluer dans l'équipe comme si de rien n'était ! Je suis complètement accro à toi et j'en ai rien à foutre que David ou les autres soient au courant !
- Bill ...! tenta de nouveau Sam.
- je te veux Sam, j'en ai raz le bol de jouer au chat et à la souris avec toi ou encore d'attendre qu'un autre type te vole à moi !
Sam le fixa droit au fond de ses grands yeux démaquillés et magnifiques. Le contrôle qu'il avait sur elle était ahurissant et ce soir elle baissait les bras ...Une fois de plus ...C'était trop éprouvant et difficile de lutter à corps défendant contre lui qui détenait le pouvoir absolu.
Le corps de Sam se mit à trembler de tout son long. La jeune femme, agrippée aux avant-bras de Bill n'arrivait pas à contrôler ses spasmes qui la ravageaient tout à coup. Ses jambes se firent coton, elle se sentait défaillir... son désir et ses envies inhibés depuis si longtemps rejaillissaient d'une manière si violente que tout son être s'en trouvait meurtrit.
Bill se rendit compte que quelque chose n'allait pas.
- Sam... tu as froid ?... tu trembles ! s'inquiéta t'il.
- Non...non je n'ai pas froid...j'ai seulement...
Sam dans le but d'exorciser sa peur, pressa ses lèvres contre celles de Bill et introduisit sans retenues sa langue dans la bouche de ce dernier. Suffoqué par tant de ferveur Bill perdit l'équilibre et vint s'écraser bruyamment contre le mur. Il encercla la jeune femme lui rendant son fougueux baiser.
Les tremblements de Sam cessèrent bientôt et elle retrouva un semblant de calme. Elle se détacha de la bouche sucrée de Bill et plongea ses yeux embués dans ceux de son brun. Désormais, nul besoin de chercher la sortie de secours. Son corps allait se mélanger au corps de celui qui lui faisait face. Ce même corps qui soudainement lui devenait étranger. C'était insolite cette sensation. Ce n'était plus Bill qui était en face d'elle mais l'homme à qui ce soir, elle allait se donner.
- aime-moi... soupira Sam à l'oreille du garçon...aime-moi Bill...comme moi je vais t'aimer... viens...reprenons notre discussion là où on l'a laissé...
Elle saisit Bill par le poignet et ils se dirigèrent vers le lit. Sam grimpa dessus jusqu'à la place à laquelle avait l'habitude de dormir. Elle se pencha vers Bill, lui attrapa de nouveau la main et l'attira vers elle. Sans mots dire, le garçon s'agenouilla à son tour. Ils étaient maintenant face à face.
Bill plaça ses mains sur les hanches de Sam et délicatement il lui retira son tee-shirt. La jeune femme caressa son torse glabre et nacré. Ils se collèrent l'un à l'autre. Bill était troublé de sentir les seins fermes et durcis de Sam sur sa peau. Leur ventre s'embrassaient. Sam posa sa tête sur l'épaule frêle de son Bill. Celui-ci fit galoper ses mains dans son dos ce qui la fit se contracter.
- guide moi Sam...
La jeune femme l'invita à s'allonger prêt d'elle. Bill ne se fit pas prier. Alors leurs lèvres se scellèrent de nouveau dans une étreinte délectable et infinie. Leurs langues se mêlèrent, Sam prenait plaisir à titiller le piercing de Bill qui exhalait de plaisir. Il fit courir des ongles manucurés le long de la nuque de sa partenaire qui s'arque bouta dans un gémissement de plaisir absolu. De la racine de ses cheveux il descendit dans les sillons de son cou. De sa langue il lui lécha le lobe de l'oreille, elle n'en gémit que de plus bel. De son nez, il lui caressa le visage.
Sam se risqua à introduire sa main dans le boxer du chanteur. Délicatement elle enserra dans sa paume la virilité de Bill à son apogée. Il se contorsionnait sous les pressions habiles de Sam. Sa tête basculait dans tous les sens, le corps tendu à l'extrême, ses mains refermées sur la couette. A la lueur de la lune, elle discernait son visage se déformer par les cris silencieux que Bill retenait et ça ne l'animait que d'avantage. Voir que Bill était à sa merci. Il était en transe, la sueur perlait à son front et le long de ses tempes. Il feulait comme un fauve, se mordant la lèvre inférieur pour atténuer ses geignements.
Sam se dit que si elle continuait ainsi c'est dans sa main que Bill finirait alors qu'elle voulait le sentir entre ses cuisses. Elle retira sa main laissant Bill choir sur l'oreiller. Elle alla fouiller dans le tiroir de sa table de nuit et en sorti un préservatif. Bill sourit en pensant que la jeune femme était surprenante. Il fit glisser son caleçon le long de ses cuisses en le jeta à terre. Sam pouvait distinguer son étoile et les veines qui sillonnaient du haut de ses cuisses jusqu'à son pubis. Elle le lui tendit, pensant que pour leur première fois il préfèrerait l'ajuster lui-même, ce qu'il fit sans attendre. Sam s'allongea sur le dos remontant ses bras au dessus de sa tête. Ses jambes étaient légèrement relevées, ses genoux croisés. Le chanteur se pencha sur elle et délicatement lui retira sa petite culotte. Sam était à présent complètement dévoilée aux yeux de Bill, subjugué par ce corps si magnifique, ce corps de femme. Il s'allongea sur elle s'empara à nouveau de sa bouche. Sam passa ses mains dans les cheveux de Bill qui lui chatouillaient le visage. Elle se redressa, se plaqua à lui pour l'inviter à la prendre sur le champs. Bill ramena un genou le long de la hanche de Sam, son autre jambe entre ses cuisses et le plus naturellement possible s'introduisit dans la cavité brûlante et moite de son triangle d'or. La jeune femme se cambra de plaisir sentant Bill se fondre en elle. Elle en avait tant rêver... et c'était un fait incontestable...jamais auparavant elle n'avait éprouvé un truc pareil !
Ni l'un ni l'autre ne pu se retenir plus longtemps et leurs gémissements devinrent râles au rythme des vas et viens de Bill. Ses deux mains plaquées sur le visage de la jeune femme l'embrassant sans cesse. Sam les doigts enfoncés dans son dos trempé de sueur. Dans un ultime coup de rein, Bill atteignit le 7ème ciel, trop tôt selon Sam... mais trop tard aussi car elle y avait débarqué bien avant lui, dès lors qu'il s'était immiscé en elle et qu'elle avait perçu son sexe se frotter à son clitoris. Elle aurait adorer jouir à l'unisson avec son amant. Oui...cette nuit Bill était devenu son amant...et les choses allaient être beaucoup plus compliquées...
Bill, le corps tout engourdit et haletant, essayait de reprendre ses esprits le visage enfoui dans le cou de sa belle. Sam le c½ur battant à tout rompre dans sa poitrine le serra fort contre elle d'une infinie tendresse et caressa sa chevelure mouillée par tant d'efforts. Elle le bascula délicatement sur le côté, descellant ainsi leurs chairs toujours incandescentes.
Il se débarrassa prestement de la capote souillée et se leva la jeter dans les toilettes. Sam observa son corps nu élancé se mouvoir dans l'obscurité. Cet adolescent qui venait de lui faire l'amour comme un homme. La pudeur l'envahissant soudainement, elle repassa sa culotte et son débardeur en vitesse et s'enfonça un peu plus sous la couette. Bill, revenu, enfila son boxer et s'étendit de nouveau près d'elle.
Les rayonnements de lune illuminaient le visage du garçon. Il souriait. Il avait l'air heureux et enfin... apaisé. Comme si le fait de se trouver là, le délivrait de ses démons. Il était si beau que cela en était émouvant. Il entreprit d'ouvrir la bouche pour dire quelque chose mais Sam le coupa dans son élan, scellant ses lèvres de son index.
- Chuuuutttttttt ! Essaye de dormir...Il faut se lever tôt Bill, tu dois te reposer un peu... Sinon tu auras une mine de papier mâché que même Georg aura l'air plus frais que toi !
En fait Sam désirait à tout prix éviter d'épiloguer sur ce qui venait de se produire cette nuit dans sa chambre.
A l'unisson, ils étouffèrent tous deux un rire dans leur oreiller pour ne pas être entendu. La chambre la plus proche était celle de Tom et même si ce dernier avait le sommeil aussi lourd que son humour, inutile de se faire remarquer.
...
Mais Tom avait tout entendu, Tom avait assisté, l'oreille collé à la cloison, aux ébats de son jumeau et de celle qui lui avait sucé la langue le matin même. Et Tom en était vert de jalousie car ce n'est pas son frère qui aurait dû se retrouver dans cette chambre avec elle...mais lui. C'est lui qui aurait dû la faire grimper aux rideaux la Sam si sage ! Mais il n'avait pas dit son dernier mot et devant autant de sollicitations auditives il s'était contenté seul comme jamais il ne l'avait fait auparavant... s'imaginant Sam prise entre lui et son jumeau... depuis leur plus tendre enfance ils avaient tout partagé ou presque...alors pourquoi pas elle...
...
De son index, Sam repoussa la mèche effilée qui tombait sur le visage de son ange ténébreux. Elle avança son visage prêt du sien et s'empara tendrement de ses lèvres charnues. Elles étaient si douces, les lèvres de Bill ... Elle était si fière en cet instant que le chanteur n'appartienne qu'à elle, Sam, ni top modèle, ni rock star, ni fan : juste Sam ... Une fille lambda raide dingue de lui ...
De la pulpe de ses doigts elle s'amusa a dessiner le contour du visage du garçon. Elle suivit l'arrête de son nez si parfait, passa autour de ses lèvres, ses sourcils, l'ovale de son visage. Puis elle infiltra ses doigts dans la chevelure de Bill. Elle s'arrêta, exerça de petites pressions sur son crâne et repartit ... Bill détendu, tel un chat, s'endormit sous les caresses de la jeune femme. Sa respiration se fit lente et régulière ... Bill avait sombré ...
Elle resta ainsi à le regarder dormir. Sam n'arrivait pas à trouver le sommeil ou plutôt ne se refusait-elle pas à s'y laisser glisser de peur qu'à son réveil ne lui reste que l'impression amère d'une douce chimère ? Que Bill finalement ne soit jamais venu la retrouver et qu'il dormait bien profondément dans sa propre chambre ? Il ne lui resterait alors que les volutes d'un souvenir ... alors non...cette nuit Sam ne dormirait pas... elle veillerait sur son trésor...comme Jason sur sa toison...



