Elle ne savait pas pourquoi non plus elle était là, assise à côté d'un gosse de 18 ans à s'apprêter à lui raconter tout ça ! Un gosse ! Ça faisait des mois qu'elle essayait de s'en persuader ! Elle se refusait à admettre qu'elle pouvait ressentir pour Bill autre chose qu'une profonde admiration ou une réelle amitié ! Mais depuis plusieurs mois elle percevait une sorte de "ciguë" couler dans ses veines. Petit à petit elle la rongeait de l'intérieur et lui infectait le c½ur.
Bill, l'air grave, regardait sa jeune traductrice. Elle sentait son regard peser sur elle, même si pour le moment il lui était impossible de le soutenir.
Elle commença son récit. Elle était née prématurée à 6 mois et demi et cette époque fut très dure pour ses parents qui se battaient corps et âmes pour la maintenir en vie (façon de parler bien sûr !) Sam avait grandi dans l'incertitude de devenir une grande "personne", accumulant les problèmes de santé et ne cessant de faire des allées et retours aux urgences des hôpitaux. Cela avait eu raison du mariage de ses parents. Sa mère ne supportait plus de devoir affronter cela presque seule parce que son père, pour son travail, passait son temps entre Paris et Hambourg.
Comme pour Bill et son frère, ses parents divorcèrent lorsque elle atteignit péniblement son septième anniversaire. La seule chose positive dans tout ça c'était que ses parents étaient restés soudés au départ. Elle n'a jamais su en tout cas si c'était à cause de la culpabilité qui la rongeait de leur faire subir toutes ces épreuves, mais 3 ans plus tard, suite à une hémorragie, elle entra aux urgences de l'hôpital pour n'en sortir qu'au bout de 4 ans. On venait de lui diagnostiquer un cancer du sang très rare.
Bill ne bronchait pas. Il l'écoutait avec beaucoup d'attention, toutefois il devait certainement se demander pourquoi Sam lui racontait tout ça à lui et où elle voulait en venir !
Se furent les 4 pires années de son existence. Elle n'allait plus à l'école. Plus de sorties. Plus de vacances. Allez expliquer à une fillette de 10 ans que sa vie n'est retenue que par un fil à l'enceinte d'un l'hôpital ? Elle due subir les traitements lourds de la chimio, des rayons et d'autres médicaments expérimentaux avec des effets secondaires plus dévastateurs les uns que les autres.
Son combat, c'était de maintenir sa troupe de "petits soldats", ses globules rouges au plus grand nombre et d'empêcher les "méchants", ses globules blancs d'exterminer son armée ! Elle avait suivi sa scolarité durant toute cette époque à l'hôpital et c'est là qu'elle y avait rencontré son amie Anna. Ce fut un réel rayon de soleil pour Sam cette rencontre !
- Anna était malade aussi ? vous ne vous êtes pas rencontrés au collège comme vous nous l'avez raconté ? interrogea Bill.
- Pas tout à fait effectivement ! Nous sommes liés par ce secret, tout comme toi maintenant Bill.
Sam avait présenté Anna au groupe quelques mois plus tôt à leur dernier concert qu'ils avaient donné à Paris et lors de sa dernière venue sur Hambourg, elles avaient profité que les gars soient en studio pour faire quelques "fêtes" ensemble. Anna avait littéralement craqué pour David qui l'avait tout autant ignoré la pauvre !
Elle poursuivit en révélant qu'Anna était à l'hôpital pour une allergie au gluten et qu'elle devait rester aussi à l'hôpital à plein temps. Leurs expériences à toutes les deux les avaient rapproché et soudé et elles ne s'étaient presque plus quittées depuis !
Mais malgré cela, Sam expliqua qu'elle vécut très mal les pics de bien et de mal être dus aux traitements permanents et successifs. Pour couronner le tout, dans sa treizième année, après plusieurs malaises consécutifs et graves, les médecins ont annoncé à ses parents que les traitements lourds et incessants avaient eu raison de son pancréas et qu'elle devenait par là même, diabétique de type 1 donc insulinodépendante. Elle avait 13 ans, elle ne savait pas ce que cela signifiait. Pour elle c'était seulement le nom bizarre donné à l'un de leurs nouveaux médicaments. Ensuite ils lui ont expliqué qu'elle allait devoir, jusqu'à la fin de sa vie, s'injecter de l'insuline quatre fois par jour en moyenne et contrôler régulièrement son taux de sucre dans le sang pour pouvoir vivre normalement ! Normalement ? Ce mot ne faisait pas partie de son vocabulaire ! Il fallu donc en plus de tout le reste qu'elle apprenne à se faire elle-même ses injections et intérieurement, elle le regrettait aujourd'hui, elle espérait de toutes ses forces que de devoir faire cela "jusqu' à la fin de sa vie" signifiait ne plus avoir à faire cela encore bien longtemps.
A cet instant elle se tourna face à Bill. Elle releva les manches de son chemisier, elle ôta les bracelets de cuir qui lui enlaçaient les poignets et les tendit aux yeux de Bill.
Sam le regardait maintenant droit les yeux, dans cette position grotesque, ses avants bras sous son nez comme si elle avait à lui prouver quelque chose. Elle pleurait désormais silencieusement, elle ne pouvait pas contrôler le flot d'émotions qui la submergeait à cet instant. Elle savait pertinemment que de "réouvrir" le livre signifiait de devoir revivre l'histoire une fois encore mais il fallait qu'elle le fasse...
Bill face à son désarrois et à ce que la jeune femme venait de lui relater avait lui aussi les yeux brillants. Il était simplement ému de la voir dans cet état. De ses frêles mains impeccablement manucurées, il s'empara de ses poignets.
- Arrête... tu n'es pas obligé de faire ça !?
- Si... il le faut... je ne veux pas que tu penses de "mauvaises" choses à mon sujet Bill... c'est important pour moi que tu saches !
- Sam ... implora Bill
- Je sais que tu as vu "ça" et je tiens à t'expliquer pourquoi !
Elle reprit donc son récit. Un week-end où elle était rentrée chez sa mère, car elle pouvait parfois rentrer le week-end, elle s'était retrouvée au bord d'un gouffre sans fond ! Elle n'en pouvait plus, ce n'était plus supportable. Elle imaginait sa triste vie enchaînée pour toujours à sa Leucémie, à ce diabète et elle ne se sentait plus assez forte pour supporter tout cela. Elle rendait ses parents et son entourage malheureux ! Et puis quitte à mourir autant ne plus souffrir ainsi !
Alors elle s'était enfermée dans la salle de bain et... s'était ouvert les veines avec une lame de rasoir laissée par son père au fond d'un tiroir. Paradoxalement elle éprouva comme une sensation de plénitude à surprendre son sang s'échapper lentement de ses entailles. Elle les avait contemplé se disant que le "poison" dans son sang s'échappait enfin de son corps ! Elle allait enfin être délivrée ! Mais son sang ne s'échappait pas seul ... avec lui... il emportait son dernier souffle de vie. Sam ne mesura pas sur le coup l'impact de son geste, elle était trop jeune et déjà si meurtrie. Tout ce qu'elle désirait c'était ne plus souffrir à tout ça, pas forcement mourir... mais simplement ne plus souffrir...
A présent son corps était secoué par les spasmes de ses sanglots. Cela faisait tellement longtemps qu'elle avait réprimé son chagrin. Elle regrettait juste de se répandre ainsi sur ce pauvre Bill qui n'avait rien demandé.
Sam avait 30 ans passés et jamais elle ne s'était confiée comme ça à qui que soit ! Ses "relations" passées s'étaient toujours soldées par un échec cuisant à cause de ce côté sombre de son existante. La maladie avait fini par être vaincue mais elle l'avait marqué au fer rouge d'une manière indélébile, tels l'avaient été les esclaves autrefois pour qu'ils n'oublient jamais d'où ils venaient et leur rappeler leur condition. Les esclaves avaient fini par être affranchis... pas elle !
Bill semblait décontenancé par les révélations de la jeune femme. Depuis plus d'une année que Sam les accompagnait, il avait toujours pensé qu'elle était une nana sans histoires, qui ne se plaignait jamais, qui essayait d'arrondir les angles à chaque fois que des conflits pointaient à l'horizon, qui était toujours partante pour la "déconnade", les parties de baby-foot et leurs soirées interminables où eux, les garçons, refaisaient le monde ! Elle ne les jugeait jamais, les mettaient en garde parfois et les couvrait très souvent après leurs soirées trop arrosées ! Elle faisait partie intégrante de leur petite bande au même titre que Saki. Elle se donnait à 200% avec eux tous. Bill reconnaissait volontiers que la tâche n'était pas aisée pour elle, car la vie d'un groupe de rock ne se limitait pas à ce qu'on pouvait en lire dans les journaux ! Parfois c'était lourd à porter : la fatigue, les concerts, être sur les routes continuellement, les télé, les radio, les interviews, le sourire "Colgate" suspendu aux lèvres en permanence ! Il y a avait souvent quelques tensions entre eux mais Sam était toujours là pour les aider à relativiser... Bill en mesurait toute la dimension aujourd'hui ! Ils ne s'étaient jamais préoccupés vraiment de ce qu'était Sam avant d'arriver dans leur existence "dorée". Si elle avait un petit ami. Ca c'était pourtant un sujet qui les avait passionné quand elle avait débarqué, parce que cette fille leur avait tous peu tapé un peu dans l'½il. C'est vrai, elle était plutôt jolie mais bon c'est vrai que c'était un de leur sport favori : jouer aux jolis c½urs dès qu'une belle fille passait devant leur nez. Quoi de plus normal pour quatre garçons bourrés d'hormones mâles ! Sam était devenue le "bon pote" de la bande, elle était l'amie, la confidente, la mère parfois, la grande s½ur souvent mais jamais la petite amie chiante, caractérielle, jalouse et superficielle ! L'âge n'avait rien à voir car malgré ses 30 ans, elle en paraissait moins et pouvait se comporter fréquemment comme une gamine. Bill se remémora la fois où dans un hôtel à Moscou elle avait pourchassé Tom qui lui avait piqué tous ses soutien-gorge pour en faire une guirlande et l'avait suspendu dans la chambre de Gustav ! Ne faisant pas le poids elle avait capitulé face à lui mais n'avait pas dit son dernier mot. Profitant du concert le soir suivant elle s'était introduite dans la chambre du pauvre Tom et avait cousu tous ses boxers ensemble !
Ce dernier n'étant pas très fin après la fatigue d'un concert et quelques coupes par dessus, piqua une rage folle quand il sortit de sa douche et se rendit compte de la mauvaise blague ! Sam, les ayant Georg, Gus et lui-même préalablement mis au courant, ils s'étaient tous planqués dans sa chambre jouxtant celle de Tom et avaient piqué une énorme crise de fous rires à entendre Tom fulminer comme un beau diable !
Des anecdotes comme ça, la liste n'était pas exhaustive ! Quand ils n'étaient qu'entre eux, c'était souvent déjà très mémorable mais depuis que Sam était là, elle faisait preuve d'un grand machiavélisme et avec elle c'était toujours "½il pour ½il, dent pour dent".
Si l'un d'entre eux la cherchait, il ne fallait pas qu'il vienne se plaindre ensuite du retour de bâton souvent redoutable, mais qui finissait toujours en grandes crises de rigolades !
Tous les quatre, il fallait l'avouer, depuis deux ans que leur situation avait radicalement changé, avaient un peu pris la grosse tête. Bill le premier en avait conscience sans l'avouer. Il passait son temps à se plaindre et chouiner pour des conneries. C'était un éternel insatisfait nombriliste qui faisait passer bien souvent sa petite personne avant celle des autres. Mais les autres avaient l'habitude et même si tout le staff qui l'entourait en était conscient personne ne lui disait quoi que se soit à par David et ses trois acolytes ! Même Sam ne faisait jamais de remarques aux garçons relatives à leurs comportements. Bill se rappelait qu'elle avait dit un jour qu'ils étaient bien assez grands tous pour savoir quel était le bon comportement à adopter...
