La jeune femme porta discrètement son regard vers Bill, qui adossé au mur en face d'elle, l'observait également. Il était "fermé" et la lutte intérieure qu'il devait être en train de mener s'avérait très éprouvante vu la contenance qu'il essayait de se donner aux yeux des autres. Evidemment qu'elle se souvenait de ce qui s'était passé, ce n'était pas si loin que ça deux jours et elle n'avait pas perdu la mémoire, quoi qu'elle aurait certainement préféré cela que d'affronter de nouveau Bill et son hypocrite de frère. Celui-là, il ne perdait rien pour attendre !
Depuis leur entrée dans sa chambre, ses mains étaient restées bien cachées sous le drap rêche du son lit d'hôpital. Mais aucun d'entre eux n'avait relevé, aucun sauf Bill bien évidemment et ses parents qui eux, en connaissaient la raison !
Flash-back
Lorsqu' elle se décida enfin à lever son nez de son ordinateur, c'est parce que ses yeux commençaient à la piquer mais c'était surtout son estomac qui tirait la sonnette d'alarme en criant famine ! Elle se bascula en arrière sur son fauteuil et s'étira de tout son long tel un chat. Elle bailla à s'en décrocher les mâchoires sans prendre la peine de mettre la main devant sa bouche. De toute manière elle était seule ici alors qui cela pourrait-il déranger en fait ? Elle regarda l'horloge murale qui affichait 21h40. Il était temps qu'elle arrête, elle en avait assez dans les pattes pour aujourd'hui et elle avouait en avoir raz le bol de traduire les trois quarts du temps les courriers de "fans" des garçons. Ca faisait maintenant plus d'un an que ça durait ! Au début elle trouvait ça marrant mais là ça la gavait ! Toujours les mêmes choses, les mêmes interrogations, les mêmes déclarations... Elle souhaitait secrètement que les gars progressent vite en Anglais et en Français pour qu'ils fassent leurs traductions eux-mêmes et puis c'était tellement personnel que cela en devenait très gênant et même empoisonnant en vérité. Cela lui donnait l'effet d'être une éponge absorbant tout le mal-être de la plupart de ces gamines et c'était super difficile de relativiser ayant été l'une d'entre elles il y a bien longtemps... tous ces cris de désespoir heureusement ponctués parfois et même le plus fréquemment d'immenses cris d'amour ... toute cette déferlante de sentiments lui donnait la nausée (serait-elle jalouse en fait elle qui ne partageait l'amour de personne ?) Elle éteignit le micro, classa dans chaque corbeille les courriers traduits qui traînaient encore sur l'imprimante. Elle laissa ses lunettes sur le clavier et quitta la pièce.
Tout était silencieux dans l'immense bâtisse. Le seul à être resté c'est Peter, il travaillait encore dans la régie. Finalement Elle se sentait rassurée de le savoir ici car le studio lui semblait moins hostile même si elle était consciente qu'il y avait toujours un gardien pour veiller sur la "boutique". En temps normal il régnait une certaine agitation ici même à cette heure, du moins, lorsque le groupe était là !
Elle passa par la cuisine et rangea un peu ce qui traînait sur la table et le plan de travail. Elle ouvrit le frigo pour voir à cette heure ce qu'elle pourrait bien avaler ; l'alarme de son portable allait sonner à 23h pour la prise de sa "lantus" et si elle voulait ingurgiter quelque chose il fallait qu'elle contrôle sa glycémie avant. Tant pis pour ce soir, elle allait juste prendre une pomme ça ne lui ferait pas de mal ! Ca lui remplirait au moins l'estomac avant d'aller se coucher ! Elle sortit de la cuisine tout en mordant à pleines dents le fruit défendu et passa faire un petit coucou à la régie voir Peter avant de remonter à l 'appartement. Ils échangèrent quelques mots et ce dernier l'avisa que David avait appelé car ils rentreraient tard après le tournage allant dîner en ville ensuite.
De temps en temps Sam restait sur place dormir quand il était tard ou quand elle partageait quelques soirées sympas avec les garçons quand ils étaient présents mais depuis quelques mois, ils lui avaient gentiment mis une chambre à disposition dans leur appart annexé au studio qu'ils partageaient tous les quatre, à la condition qu'elle ne soit pas regardante sur leur foutoir, qu'ils respectent son intimité et elle, la leur. Elle avait sa propre salle de bain avec une douche mais comme ce soir ils n'étaient pas là, elle allait investir la leur et se relaxer dans un bon bain chaud.
Elle fit donc couler l'eau et presque immédiatement une douce vapeur chaude s'éleva de la baignoire. Elle se déshabilla, abandonnant ses vêtements sur le sol. Elle s'enroula dans un grand peignoir qu'elle attrapa sur l'étagère du haut. Elle prit soin de retirer les bracelets de cuir entourant ses poignets et les déposa sur le rebord de l'une des deux vasques.
Elle retourna rapidement dans sa chambre chercher sa trousse de toilette. Elle revint sans prendre soin de verrouiller derrière elle, ferma les robinets, vérifia la température de l'eau de l'index et après avoir tombé son peignoir, se plongea dans un pur moment de délice... Sam resta ainsi à se prélasser pendant une bonne vingtaine de minutes à s'imprégner de la quiétude qui régnait autour d'elle avant de se décider à sortir.
A cet instant, elle n'avait absolument pas remarqué ni entendu que quelqu'un venait de pénétrer dans l'appartement. Elle émergea donc de l'eau encore fumante et s'empara du peignoir pour le passer. Du plat de la main elle essuya la buée sur le miroir. Elle sursauta lorsque son portable vibra (zut déjà 23h !!!) Elle ouvrit une petite trousse noire d'où elle sortit un petit lecteur électronique. Elle attrapa son "stylo" et l'embout d'une aiguille stérile qu'elle dégagea de son enveloppe qu' elle fit attention de ne pas mettre instinctivement dans la poubelle des garçons. Elle prépara sa petite salade et se piqua le bout de l'index pour en extraire une goutte de sang qu'elle déposa sur la languette qu'elle introduisit dans le lecteur. Ce geste ça faisait plus de quinze ans qu'elle le faisait qu'il en était devenu presque insignifiant ! La jeune femme regarda le nombre qui s'afficha : 1,15 (putain je n'ai gobé qu'une pomme et j'ai plus d'un gramme !) Avant de s'injecter sa dose d'insuline, elle enfila sa petite culotte et se posa sur le rebord de la baignoire qui se vidait lentement. Elle saisit sa "lentus", la fixa sur 25 unités et amorça l'aiguille. Elle écarta un peu son peignoir l'enveloppant avant de se pincer la peau de la cuisse pour y enfoncer la seringue...
La scène qui suivit fut la pire que Sam puisse imaginer (cela m'apprendra à ne pas m'être enfermé!) Elle sursauta à l'ouverture brutale de la porte et là dans l'encadrement se trouvait Bill. Mais qu'est ce qu'il fichait là celui là ? Ils devaient tous rentrer tard ce soir ? C'était complètement irréel ! Bill fut autant surpris qu'elle car il ne savait pas qu'elle pouvait être là. Elle se redressa d'un bond, la seringue lui échappa des mains et chut sur le sol en de petits rebonds avant de finir sa course sous le lavabo.
En une fraction de seconde elle sut ce dont à quoi il pensait et la panique s'empara d'elle. Avant qu'il eut le temps de tourner les talons et de refermer la porte, Sam tendit la main pour bloquer cette dernière.
- Bill attend ! essaya t'elle de le retenir. D'une main elle s'efforça de retenir la porte et de l'autre elle s'agrippa au peignoir trop grand pour elle qui glissait de son épaule. Se retrouver nue aux yeux de Bill aurait été la goutte d'eau !
- laisse-moi t'expliquer j't'en prie... le supplia Sam.
Bill eu un sursaut de recul, sa bouche s'ouvrit en grand mais aucuns sons ne semblaient vouloir en sortir. Il était complètement anéanti, il ne voulait pas admettre que finalement Tom avait raison et que Sam se droguait. C'était impossible, pas elle ! Ca ne collait pas avec toutes les discussions qu'ils avaient pu avoir tous les deux. Elle qui ne buvait pas, menait une vie saine se révélait à Bill comme étant une "junky".
(Elle m'a trahit... elle nous a tous trahit... Tom avait raison bon dieu... et sur ce coup là j'ai pas voulu le suivre dans ses délires...)
Ses yeux se voilèrent de larmes, moins par la colère qui s'immisçait en lui que par la douleur de la trahison qui le frappait tel un coup de poignard dans l'estomac !
Ne pouvant supporter d'avantage le regard implorant de Sam, Bill baissa les yeux et son regard se figea sur l'intérieur du poignet de cette dernière qui retenait toujours la porte. On pouvait y voir distinctement une cicatrice blanche et nette.
Elle ôta promptement sa main de la porte mais il était trop tard, Bill avait vu. Il recula et trébucha se retenant contre la cloison puis disparut dans sa chambre.
Les cheveux encore dégoulinants, elle s'élança après lui. Devant sa porte elle frappa désemparée.
- Bill j't'en prie ouvre moi il faut qu'on parle... s'il te plait !
Des larmes chaudes et salées perlées sur ses joues et ses lèvres sans qu'elle puisse les retenir.
– s'il te plait... laisse-moi t'expliquer...Bill... implorait Sam.
- vas t'en Sam... laisse-moi... lâcha t'il froidement de l'autre côté. Sa voix étranglée trahissait son chagrin et Sam comprit qu'il pleurait.
- Tom avait raison tu n'es qu'une junky !?
- Tom ??? ... Moi ... une junky ??? Bill ! je peux pas te parler comme ça ! laisse-moi entrer... laisse-moi t'expliquer... c'est pas du tout ce que tu crois !
Bill tremblant et meurtrit était le dos collé à la porte une main sur la poignée cependant il ne se décida pas à l'ouvrir pour entendre les justifications de Sam. Il sanglotait silencieusement face à cette image qui ne quittait plus son esprit. Celle de la fille la plus géniale qu'il connaissait en train de se "piquer" et qui venait de le trahir...
Désarmée face au déni de Bill, elle se laissa glisser contre sa porte et recroquevillée sur elle-même telle une biche blessée à mort, elle s'abandonna à l'immense flot de chagrin qui la submergeait.
- je suis désolé Bill.... Je suis tellement désolé... n'arrêtait-elle pas de répéter... je ne voulais que tu l'apprennes comme ça... je te demande pardon... Sam attendit prostrée ainsi espérant qu'il finisse par lui ouvrir mais il ne céda pas.
Au bout d'un moment elle se releva et tel au automate elle sortit de l'appartement vêtue de son simple peignoir de bain. A pas feutrés elle passa devant la régie qui à présent était éteinte, Peter était parti. Elle passa devant le studio où étaient entreposées toutes les guitares de Tom, les basses de Georg et un peu plus loin la batterie de Gustav. Au fond du couloir il y avait le studio avec le piano où elle adorait venir jouer et où Bill et parfois les autres venaient l'écouter ou se distraire avec elle.
Elle se glissa sous le grand piano à queue comme quand elle était enfant : c'était l'endroit où elle aimait se réfugier. Elle resta là, contre l'un des pieds, les genoux repliés sur sa poitrine et elle s'abandonna une nouvelle fois à son chagrin, la tête enfoncée dans ses bras croisés. Comment Tom avait-il pu mettre des choses comme ça dans la tête de son frère ? C'est vrai que depuis quelque temps il l'observait souvent d'une manière inaccoutumée mais de là à imaginer qu'elle puisse se droguer c'était délirant ! Et pourquoi ne pas être venu lui en parler ? Sam se posa des dizaines de questions qui ce soir allaient demeurer sans réponses... et elle due s'endormir vidée par son chagrin...en ayant complètement oublié son insuline...
Retour dans la chambre d'hôpital.
- Tu me fais un procès d'intention toi aussi ? répondit-elle à David qui fut surpris de la dureté de son ton.
Elle n'ajouta rien de plus... pour le moment. Elle ne souhaitait pas que sa famille soit au courant de la manière dont elle menait sa vie et son job au studio. Sam avait plus de 30 ans maintenant et elle pouvait gérer cela toute seule. Elle fut sauvée par le gong quand le médecin entra dans sa chambre et fit sortir tout le monde, "Tokio Hotel" ou pas ! Il lui expliqua qu'elle avait fait une acidocétose parce qu'elle n'avait pas pris son insuline et donc son taux dans le sang s'était effondré entraînant une perte de connaissance. Selon lui, elle pouvait sortir le soir même à condition de bien reprendre ses injections et surtout d'essayer de se reposer un peu en reprenant des horaires adaptés à ses repas et pas l'inverse. Après cette visite, elle demanda à tout le monde de rentrer, son père ronchonna un peu mais elle allait bien alors inutile de réintégrer la maison. En réalité il était impératif de revenir au studio et d'avoir une bonne explication avec les garçons.
Avant de quitter l'hôpital et de monter dans le taxi qu'elle avait fait appeler, le médecin demanda à la voir. Il voulait que Sam revienne dans quelques jours refaire des tests sanguins. Il n'avait pas l'air inquiet donc elle ne s'inquiéta pas non plus.
A la surprise de tous elle réintégra donc le studio. Un peu fatiguée, certes, mais d'attaque à reprendre ses activités, elle était payée pour ça non ?! Elle demanda à David de réunir tout le monde dans la cuisine pour avoir une explication. David voulut décliner un peu gêné par son attitude mais elle insista tellement qu'il finit par céder. A l'intérieur la jeune femme bouillait de colère à l'encontre des jumeaux et elle se fit violence lorsqu'ils entrèrent quelques minutes après pour de ne pas leur coller à tous les deux sa main dans la figure !
Tom et Bill avaient l'air plus crétins que jamais et elle jubila tout au fond d'elle-même : bien fait, c'était mérité !
Lorsque Gus et Georg vinrent s'asseoir à leur tour, elle prit quelques instants pour bien peser ses mots. David était resté debout, adossé au frigo et elle, également contre l'évier.
Comme elle ne savait pas si Georg et Gus étaient au courant de l'idée saugrenue de Tom, à savoir qu'elle puisse être une droguée, elle n'en fit aucune allusion.
Sam s'excusa de la frayeur qu'elle avait pu leur causer à tous et aussi qu'elle regrettait finalement de ne pas leur avoir parlé de son problème de santé plus tôt...