Elle tenta d'ouvrir les yeux de nouveau mais rien n'y fit comme si ses paupières étaient scellées.
Elle perçut une vague de panique monter en elle insidieusement qu'elle n'arrivait pas à contrôler. Cette vague la renvoyait au pire des cauchemars de son enfance, à ce clown triste... ce clown triste au visage grossièrement blanchit dont la bouche rouge sang la terrifiait. Il la regardait et quand il lui souriait, sa bouche se tordait en une immonde grimace telle une bougie qui se consumait sous la brûlure de sa flamme. Il avait des dents aiguisés comme les lames d'un rasoir . Il s'approchait d'elle, il cherchait à l'agripper, elle essayait bien de lui échapper mais elle lévitait soudainement et courait dans le vide. Elle hurlait, hurlait encore mais personne ne l'entendait... jusqu'à ce que son père arrive et la délivre de ce mauvais rêve...
- Papa ? Où es-tu ? Je t'appelle mais tu ne m'entends pas ! Papa viens m'affranchir de ce monstre... papa...je t'en prie...
Sam discerna un chuchotement lointain...mais pourquoi n'arrivait-elle donc pas à ouvrir les yeux ? Elle saisit la tiédeur d'une main se poser sur la sienne.
Sam se retourna, le clown avait disparu...ou plutôt...il s'était métamorphosé en chat.
- Misha ? C'est toi mon Misha ?
Le petit Bleu Russe cabriolait tout autour d'elle...
Le chuchotement devint un murmure...
Misha debout sur ses pattes arrières la saisit par la main et ils partirent ainsi sur une route pavée d'or...le soleil brillait maintenant et son sentiment de panique s'était mué en sentiment de plénitude absolue...elle avançait ainsi avec Misha sifflant à tue-tête...
Le murmure devint audible et Sam crut en reconnaître la voix.
Elle se tourna de nouveau mais Misha la tirait dans la direction opposée...
- elle a bougé, je crois qu'elle se réveille... Marta... va chercher l'infirmière...
- Papa c'est toi ? où es-tu ? je t'entends mais je ne te vois pas... Papa ?
Misha la tirait toujours vers le haut du chemin mais elle résistait...
- Papa , m'entends-tu ? Papa ?
Misha lui lâcha la main et s'éloigna de sa petite maîtresse...
- Misha ? Misha ?...attends-moi !
Les paupières de Sam étaient lourdes. Lentement elle émergea de sa torpeur. Tout d'abord flou, elle eu beaucoup de mal à cerner ce qui l'entourait. Elle sentait toujours cette main posée sur la sienne mais elle ne bougea pas. Elle se concentrait à ce que sa vision devienne claire car pour le moment elle avait l'impression d'être dans un épais brouillard, de naviguer à vue et il lui était impossible d'atteindre la terre ferme. La douleur de son bras était insupportable et ses yeux se fixèrent sur cette douleur invisible et pourtant si présente.
Alors le brouillard devint brume et la brume la déposa sur le rivage...elle y distinguait des fleurs, beaucoup de fleurs. Des roses, des lices blancs et ... des soleils ?
Sam se décida enfin à regarder cette main bienveillante qui l'avait ramené à la vie...
- qui a apporté ces tournesols ?
- ma chérie enfin tu te décides à nous revenir !
- papa ça va aller maintenant... je suis de nouveau parmi vous ! essaya de plaisanter Sam mais la douleur de son bras lui arracha un petit cri aigü qui étrangla son sourire sans lui laisser aucune chance !
- bouge pas chérie Marta est partie chercher l'infirmière.
La douleur était due au cathéter qui transperçait le creux de son coude avec une perf. à l'autre bout, dont le goutte-à-goutte régulier lui rappelait un métronome.
- glucose chérie, ils t'ont mis sous glucose depuis 2 jours.
- 2 jours ! s'étrangla t'elle
– ça fait 2 jours que je suis là ?
- ça fait 2 jours que tu es en coma diabétique Sam.
Marta entra avec l'infirmière. D'un pas précipité et des larmes plein les yeux elle vint embrasser goulûment la jeune femme en prenant son visage entre ses mains.
- si tu savais comme j'ai eu peur mon ange !
Elle n'avait pas besoin de le lui dire, elle en était persuadée, il suffisait de constater les cernes sous ses yeux pour s'apercevoir qu'elle était restée éveillée certainement tout le temps où elle, était partie. Ils la regardaient ainsi, tous les deux, comme s'ils voyaient l'apparition de la vierge en personne. Il s'en fallu de peu pour que Marta se mette à genoux et prie. Cette pensée lui étouffa un petit rire que son père n'apprécia guère au vu de son ½il noir.
- mademoiselle je vous délivre de ça puisque vous êtes réveillé maintenant.
- oh merci ! souffla Sam - c'est insupportable !
- je m'en doute ! acquiesça t-elle
Avec toutes les précautions et la douceur du monde elle lui retira l'aiguille du bras mais malgré tout, cela lui arracha un petit cri de douleur. Elle entreprit par la suite de lui piquer le bout du doigt. Elle déposa la goutte de sang qui s'échappa de l'extrémité de ce dernier sur la languette qu'elle introduisit ensuite dans le petit lecteur : verdict : 0.85 gr.
- c'est bien ! dit la jeune femme -enfin on revient à un taux normal ! Je repasserai plus tard avec le médecin d'accord ?
Sam hocha la tête en signe d'approbation.
- tu as été amené ici avec plus de 5 gr Sam, heureusement qu'on t'a découverte à temps car tu aurais pu mourir !
- papa ne dramatise pas encore une fois !
Sam prit soudain conscience de l'endroit où elle se trouvait : à l'hôpital. Sa chambre était baignée par la lumière du soleil extérieur, au vu de l'angle des rayons du soleil on devait être au milieu de l'après midi. La pièce était simple et blanche et ce qui la surprenait le plus c'était le nombre impressionnant de fleurs.
- où est mon frère ?
- Hayden est dehors avec les autres, on ne voulait pas qu'il y ait trop de monde autour de toi tant que tu n'étais pas réveillé.
- les autres ?
- oui... il attend avec David et les garçons...tu sais que Bill n'a pratiquement pas quitté ton chevet depuis 2 jours ?
- ce "chevelu" n'a pas voulu te quitter une minute...
- Ludwig ! s'offensa Marta – c'est tout de même eux qui ont trouvé ta fille il ne faudrait pas que tu l'oublies tout de même !
- je peux les voir papa ?
Sans attendre la réponse de son père, Marta sortit de la chambre le temps d'aller chercher les visiteurs. Le premier à montrer le bout de son nez fut Hayden. Il entra, un immense sourire aux lèvres et l'étreignit si fort qu'il fut à deux doigts de l'étouffer. Ils échangèrent quelques banalités qui cachaient en fait l'inquiétude qu'Hayden avait éprouvé durant ces 2 jours. À la suite de son frère entra David suivit de Gustav, Tom, Georg et enfin Bill. Tous avaient les bras chargés de peluches. Sam sourit intérieurement car c'était à se demander si chacun n'espérait pas faire plus gros que son voisin. Un à un, devant le regard quelque peu médusé de son père, ils vinrent, tantôt l'embrasser, tantôt l'étreindre. Bill, maladroitement, lui déposa un baiser sur la joue. Son sourire était fatigué et son teint plus pâle qu'à son habitude. De le voir ainsi lui pinça le c½ur et en même temps la soulagea. Ses dernières paroles à son encontre avaient été si blessantes...
Après cette dernière effusion il y eu un silence glacial. Tous la dévisageaient d'un air compatissant et gêné, principalement David. Pauvre David, dans quelle situation avait-elle dû le mettre ? Le seul qui était au courant pour son diabète et dont elle avait fait promettre de ne rien dire parce qu'elle ne voulait pas qu'ils la considèrent comme ça justement ; Comme une "malade" !
David brisa la glace en lui expliquant comment ils avaient faire preuve d'ingéniosité pour venir lui rendre visite à l'hôpital sans risquer de créer une émeute.
Sam les remercia pour les fleurs, les cadeaux, les attentions et tout le reste...elle était tellement heureuse de les voir... de le voir... il faudrait qu'ils aient une petite discussion tous les deux...


